50e Anniversaire de L’Hôpital Marie-Clarac, Montréal

  • Posted by Chirayil Thomas
  • On avril 24, 2015
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Homélie du Nonce Apostolique, Mgr. Luigi Bonazzi

Montréal, le 20 avril 2015

 

Chères Sœurs de la Charité de Sainte-Marie,

Chers frères et sœurs,

Chers amis,

La parole de Dieu qui vient de nous être proclamée nous situe au « soir de Pâques » et pour cette messe d’action de grâces du cinquantième anniversaire de la fondation de l’hôpital Marie-Clarac, je trouve cela très beau et très significatif.

Accueillons cette page d’Évangile comme une icône lumineuse nous expliquant le sens et la mission de cette Institution, spécialement confiée à celles et ceux qui sont appelés à en être « le cœur vivant ».

Nous sommes donc dans la soirée du jour de Pâques. Jésus vit. Il est celui qui est « la résurrection et la vie (Jn. 11 ; 25) » et il se hâte de rendre visite à ses amis, aux disciples qui l’avaient abandonné ou trahi. Il entre dans leur maison dont les portes sont fermées. « Jésus vint et se tint au milieu d’eux (Jn. 20 ; 19). » Jésus vient ! Mais Jésus vient encore aujourd’hui. L’histoire humaine, l’histoire de chacun de nous est accompagnée et soutenue par ses constantes visites, « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper avec lui, et lui avec moi (Ap 3,20). »

« La paix soit avec vous. » Jésus vient au milieu d’eux et leur fait don de « La paix ». Shalom en hébreu ​​n’est pas le simple salut habituel des Juifs. Il indique et transmet la plénitude de toute bénédiction. C’est le don de Jésus qui a dit : « Je vous laisse la paix ; c’est ma paix que je vous donne (Gv14, 27). » Cette paix que le monde ne connait pas, cette paix de l’amour qui vainc la haine : « … Ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez des tribulations ; mais prenez courage, je ai vaincu le monde (Gv16, 33). » C’est la paix de Celui qui a nous a révélé et nous a prouvé que Dieu est « le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit (2 Cor 1,3-4). »

« La paix soit avec vous », dit Jésus, qui poursuit : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Comme s’il voulait dire : « Je vous ai montré l’amour, le pardon et la miséricorde du Père. Vous aussi, soyez maintenant les témoins de l’amour et de la miséricorde du Père ! Allez dire qu’il n’y a pas de larmes qui ne puissent être séchées, pas de péché qui ne puisse être pardonné … »

Votre vie à  Marie-Clarac s’éclaire à la lumière de cette page d’Évangile. Comme tout hôpital, Marie-Clarac veut être un lieu polarisé par son attention à la personne nécessitant des soins, une maison au service de la dignité de toute personne humaine, aimée et servie dans toutes les étapes de sa vie. En un mot : un espace de vie où l’on travaille au service de la vie. Cela vaut pour tous les hôpitaux. Mais ici, il y a « davantage ». Ce « davantage » réside dans le fait qu’à l’Hôpital Marie-Clarac, on sait pouvoir compter sur le travail gratuit et toujours disponible de Celui qui a dit : « Je suis la résurrection et la vie ». Sur Celui qui est venu « pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en abondance (Jn 10,10). » Lui, le Seigneur crucifié et ressuscité, tous les jours et à toutes les heures, assume son travail avec soin. Il vient et renouvelle à tous, sans distinction, ses salutations de Pâques : « La paix soit avec vous. »

Sœur de la Charité de Sainte Marie, fille spirituelle de Mère Marie-Louise Clarac, notre page de l’Évangile n’éclaire-t-elle pas également votre magnifique vocation particulière ?  Religieuse, femme consacrée, vous-même avez été visitée par le Seigneur ressuscité que vous recevez dans votre maison. Mais avec le Christ et dans le Christ, comme Lui, vous vous hâtez pour rencontrer les frères et les sœurs que le Seigneur met sur votre chemin. En les visitant dans leurs chambres, la Sœur de la Charité de Sainte Marie que vous êtes s’approche avec tendresse de la « chambre intérieure » de chaque patient, là où est gardée l’histoire de sa vie, chargée de lumières et d’ombres, de joies et de peines. Avec votre cœur de fille et de mère, vous affrontez les murs de détresse et de révolte et, doucement, vous lui dites : « La paix soit avec toi. » Vous ne le dites pas comme vos propres mots, mais au nom du Seigneur ressuscité qui vit en vous et vient lui redire : « La paix soit avec toi ». Fille de Marie, associée à son « cœur de mère », pour chaque malade, vous aimez redire les mots rassurants de la Vierge de Guadalupe à Juan Diego : « Qu’est-ce qui te dérange ? De quoi t’inquiètes-tu ? Ne suis-je pas là, moi qui suis ta Mère ? ». En cela, vous êtes « Témoin » de Jésus ressuscité et « messagère » de Marie  à Hôpital Marrie-Clarac. Merveilleuse mission, chères sœurs, impossible si vous comptez sur vos propres forces, mais qui devient possible si vous laissez  Jésus et  Marie réaliser en vous cet impossible.

Mais cette merveilleuse mission, nombreux sont celles et ceux que vous sollicitez pour y collaborer, et qui le font avec dévouement et compétence. Cet heureux anniversaire est pour moi l’occasion, au nom du Saint-Père et de l’Église, d’exprimer un profond merci, plein de gratitude, à tout le personnel de l’Hôpital Marie-Clarac: médecins, infirmiers et infirmières de chaque ordre, membres du personnel administratif et technique … en un mot à toute la « communauté » de celles et ceux qui, de différentes manières, fournissent un service dans cet hôpital. Car s’il est vrai que votre travail a été rendu possible grâce aux Sœurs de Sainte-Marie qui ont bâti cet hôpital, il est également vrai que vous leur êtes une aide indispensable pour réaliser la mission de l’hôpital. Permettez-moi de vous encourager à « Travailler ensemble ! » Placez cet engagement à « travailler ensemble », pour « servir ensemble » les malades, au-dessus de toute autre préoccupation ou intérêt. Je vous assure que, ce faisant, vous recevrez le « centuple » promis par Jésus (cf. Mt 19,29). Vous verrez alors votre vie s’enrichir d’un trésor qui vaut plus que tout : Dieu lui-même. Car, comme nous l’assure l’Apôtre Jean dans la première lecture : « Dieu personne ne l’a jamais vu. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est parfait en nous (4,11). « Travailler ensemble » pour apprendre à « vous aimer les uns les autres » et pouvoir recevoir la Paix de Jésus.

Un dernier mot. Il y a six mois, comme pour préparer et anticiper la célébration du 50e anniversaire de sa fondation, l’hôpital Marie-Clarac s’est doté d’un Centre en soins palliatifs appelé « Oasis de Paix ». Comme vous le savez, il accueille les malades en phase terminale qui se préparent à mourir.

Toute vie est marquée par la mort. Jésus Lui-même, Lui qui est la « résurrection et la vie », ne nous offre pas une recette mensongère pour nous sauver du destin commun ; il nous montre plutôt comment vivre dans l’amour jusqu’à donner sa vie. Jésus nous sauve non pas « de la » mort, mais « dans » la mort, en nous révélant une mort qui est pour la vie. Celui qui meurt par amour, celui qui sait faire de sa vie et même de sa mort − en l’offrant − un acte d’amour, celui-là vit. « L’amour ne se termine jamais » (1Cor 13,8). C’est pour cela que Sainte Thérèse de Lisieux, elle qui pendant toute sa vie avait toujours essayé d’être l’amour, au moment de mourir pouvait dire en toute vérité : « Je ne meurs pas, j’entre dans la Vie ». Cette expérience de Sainte Thérèse de Lisieux est exemplaire pour la vocation et la mission de votre « Oasis de Paix ».

Chères Sœurs de la Charité de Sainte Marie et vous tous ses collaborateurs, Je vous remercie de tout mon cœur pour ce bijou, pour cet hymne à l’amour et à la vie qu’est l’Hôpital Marie-Clarac. Continuez l’œuvre commencée il y a 50 ans, faites-la belle et précieuse. Je vous assure de ma fervente prière afin que, grâce à votre amour − et l’amour demande toujours le sacrifice − l’Hôpital Marie-Clarac devienne toujours plus et toujours mieux le lieu où le Seigneur ressuscité, le Seigneur de la Vie, vienne redire à tous : « La paix soit avec vous. »