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Conseil Permanent de la Conférence des Évêques Catholiques

Allocution du Nonce Apostolique, Mgr Luigi Bonazzi
Ottawa, le 20 mars 2014

Chers frères dans l’épiscopat,

Profitant de la réunion du Conseil permanent de la Conférence des Évêques Catholiques du Canada, je viens de présenter à votre président, S.E. Mgr PaulAndré Durocher, Archevêque de Gatineau, la lettre par laquelle le Cardinal Piero Parolin, Secrétaire d’État, lui recommande, ainsi qu’aux Évêques du Canada, de me donner la collaboration sans laquelle je ne pourrais pas assurer, de façon « vraiment fructueuse », la tâche de représenter parmi vous le Pape François.

Pour ma part, j’ai pleine confiance de pouvoir toujours compter sur l’aide de votre prière, de votre conseil et aussi de votre correction fraternelle : s’il vous plaît, ne me faites pas manquer la charité de votre collaboration indispensable, dont je vous remercie de tout cœur dès maintenant.

J’ai été envoyé pour représenter parmi vous le Saint-Père qui, en ce moment, a le visage bien-aimé du Pape François. En lui, nous pouvons justement reconnaître une «œuvre merveilleuse» (cf. Ps 118,23), née de la foi du Pape Benoît XVI.

À cet égard, j’ai été impressionné – et je me permets de le partager avec vous – par la perspective dans laquelle le père Bartolomeo Sorge, SJ, a interprété le passage de pontificat du Pape Benoît XVI à celui du Pape François. Il a écrit: «Le pontificat du Pape Ratzinger a été un pontificat crucifié, mais la Croix n’est pas une fin en elle-même: elle reçoit sa pleine signification dans la résurrection. Ça signifie que la “passion et la crucifixion” du Pape Benoît trouvent leur sens plein dans la “résurrection” inaugurée par le Pape François» (BARTOLOMEO SORGE, L’esercizio della leadership nella vita consacrata a 50 anni dal Vaticano II; Roma 22-24 maggio 2013).

De cette lecture théologique du changement de pontificat, le Père Sorge fait découler une conséquence importante pour la vie pastorale de l’Église, qu’il exprime ainsi: « Entre les deux pontificats, il y a donc une continuité, mais aussi une discontinuité forte: la même discontinuité qui existe entre l’exercice d’un leadership dans une Église fatiguée et éprouvée et un leadership nouveau dans une Église qui ressuscite et se renouvelle » (ibidem). Nous sommes entrés ainsi dans une nouvelle phase (un nouveau kairòs) de l’histoire de l’Église. Il devient alors important de savoir se mettre sur la longueur d’onde du pontificat de Pape François, afin de recueillir avec lui les fruits de la “passion et la crucifixion” du pontificat du Pape Benoît XVI.

On pourrait se demander: « Quelles sont les caractéristiques du pontificat du Pape François? » Il s’agit d’une question vaste et difficile à laquelle, en fait, il n’est pas possible de répondre déjà de façon précise. En effet, on comprend et on trouve la réponse jour après jour: « Chemin faisant, on ouvre le chemin », aime répéter le Pape François. Il n’y a pas de « feuille de route » écrite à l’avance.

Assurément, nous connaissons bien ce qu’est le début, l’horizon final et surtout le centre du chemin de l’Église: c’est le Seigneur Jésus, le Rédempteur de l’homme. Il nous fait donc du bien, à nous qui sommes Pasteurs, de nous demander: «Le Christ est-il le centre de ma vie? Est-ce que je place vraiment le Christ au centre de ma vie? Parce qu’il y a toujours la tentation de penser que c’est nous qui sommes au centre» (Homélie du Pape François à l’occasion de la Fête de Saint Ignace de Loyola, 31 Juillet 2013). Nous devons demander à l’Apôtre Paul de faire grandir en nous ses propres sentiments: « Désormais je considère tout comme une perte à cause de la supériorité de la connaissance du Jésus Christ mon Seigneur. A cause de lui j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme déchets, afin de gagner le Christ … » (cf. Ph 3:8-9).

Après cette prémisse, j’ai apprécié – et je la porte à votre considération – la réponse du P. Federico Lombardi, SJ, porte-parole du Saint-Siège, lorsqu’on lui a demandé de commenter les caractéristiques du pontificat du Pape François. «Nous sommes entrés – dit le père Lombardi – dans une situation où l’Église est mise en mouvement. Ne sont pas présentés des objectifs clairs, des images précises de la manière dont l’Église doit être organisée dans le futur pour atteindre ces objectifs. Nous devons nous mettre en chemin, nous devons nous convertir, nous devons accueillir les surprises que Dieu fait dans notre vie et comprendre où il nous appelle, même à travers les situations et la réalité dans lesquelles nous sommes. Ainsi, le sens d’une Église qui bouge, qui marche, qui est en pèlerinage dans l’accomplissement de sa mission, me semble être l’un des aspects le plus caractéristique de ce pontificat, du point de vue spirituel» (Radio Vaticane, Radiogiornale in italiano du 27 décembre 2013).

Chers frères dans l’épiscopat : une «Église en mouvement» est justement celle que le bienheureux Pape Jean-Paul II (bientôt Saint) a vue au début du troisième millénaire, lorsque – à la fin du Grand Jubilé de l’An 2000 – il l’a invitée à «avancer en eau profonde » (duc in altum), à lâcher encore et encore les filets pour la pêche, à s’ouvrir à l’avenir avec confiance: il y a en effet une pêche miraculeuse, qui est là, devant nous (cf. Lettre apostolique Novo Millennium Ineunte, n.1).

Dans le sillage du pape Jean-Paul II et du pape Benoît XVI – qui, avec humilité et sagesse a conduit pendant 8 ans le chemin de l’Église, avec les initiatives de l’Année de saint Paul, de l’Année sacerdotale et de l’Année de la Foi (initiatives qui peuvent continuer à produire des fruits sains) – le Pape François nous invite maintenant à reprendre l’élan missionnaire auquel l’Esprit Saint appelle l’Église. C’est l’invitation à revenir à la pureté des origines, à la période apostolique, lorsque la communauté chrétienne n’était pas repliée sur elle-même, ne se regardait pas elle-même, mais jetait les « filets de l’Évangile ». Si l’Église connaît des difficultés, si nous avons perdu cet enthousiasme, eh bien l’EspritSaint est à l’œuvre pour transformer cette situation en une occasion de purification, de renouvellement, de retour à la fraicheur des origines.

De là vient une attitude intérieure, une sorte de « changement de mentalité » qui – je pense – doit nous accompagner. Il faut partir non pas de nous, mais de ceux qui espèrent notre service. Il faut nous demander, bien sûr, de quoi l’Église a besoin; mais – pour éviter le danger d’être autoréférentiels – nous demander d’abord: « De quoi le monde a-t-il besoin? » « Quelles sont les blessures qui l’affligent et qui doivent être soignées? » «Quels sont les problèmes dans lesquels notre société est plongée? » « Que nous demandent nos fidèles? De quoi nos gens ont-ils besoin? Quelles sont leurs questions? »

Chers frères: merci de votre attention. Je vous ai partagé des simples pensées, qui sont jaillies en moi du désir de comprendre la puissante «vague de l’Esprit Saint » qui accompagne le moment ecclésial que nous vivons, pour ainsi être en mesure de bien saisir ce message. Avec la démission du Pape Benoît XVI et l’élection du Pape François, une page de l’histoire a soudainement changé et une nouvelle page à écrire s’est ouverte. Il me semble que l’Esprit a déplacé un peu tout le monde. Toutefois, ensemble, nous pouvons nous aider à nous syntoniser avec le souffle nouveau qui est le Pape François, afin de ne pas rester en marge du dynamisme de la vie et de la grâce divine que le Seigneur donne à son Église et au monde entier.

J’ai dit « ensemble», «nous aider ensemble», parce que «la chose la plus importante est de marcher ensemble, en collaborant, en s’aidant réciproquement» (cf. Discours du Pape François; Rencontre avec le clergé, les personnes consacrées et les membres des conseils pastoraux ; Assise, le 4 Octobre 2013).

Ainsi, comme je l’ai fait déjà à la rencontre récente de l’Assemblée des Évêques du Québec, je conclus en disant à vous aussi, avec le pape François: «Marchons ensemble derrière le Seigneur, et laissons-nous toujours davantage convoquer par lui, au milieu du peuple fidèle, du saint peuple fidèle de Dieu, de la sainte Mère Église». (Homélie du Pape François; Consistoire Ordinaire Public pour la Création de Nouveaux Cardinaux; 22 février 2014).

Merci !