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A mi-chemin

Une halte à la mi-temps de l’Année de la vie consacrée 

 

Chers consacrés, chères consacrées,

Nous sommes en route ! En route en cette année de la vie consacrée. Et nous sommes maintenant à mi-chemin. C’est le moment de faire une halte, un moment de pause fraternelle et de dialogue. Je vous invite à vivre cette pause et ce dialogue dans vos communautés. De mon côté, je voudrais en profiter pour partager avec vous deux appels que la route que nous avons déjà parcourue a déposés dans mon esprit et dans mon cœur. Le premier concerne le don précieux que constituent les « charismes » ; l’autre est – une fois encore – une invitation à prendre soin des vocations.

 

  1. Le “charisme”.

Ici au Canada, les circonstances elles-mêmes se sont chargées de mettre en valeur l’Année de la vie consacrée. Le 26 avril, en effet, toute l’Église qui est au Canada s’est retrouvée spirituellement à Rimouski pour la célébration de la béatification de Mère Élisabeth Turgeon, fondatrice des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire. Cette célébration nous a donné l’occasion de nous rencontrer et de réfléchir sur le « charisme du fondateur », que l’Église définit comme une « expérience de l’Esprit transmise à ses disciples, pour être vécue par ceux-ci gardée, approfondie, développée constamment en harmonie avec le Corps du Christ en croissance perpétuelle» (Mutuae Relationes, 11).

Pour Mère Élisabeth Turgeon, « l’expérience de l’Esprit » qu’elle a voulu transmettre a été de témoigner de « l’amour de tendresse et de sollicitude de Jésus et de Marie », en se consacrant en particulier à l’éducation et à la formation chrétienne des jeunes. Tout au long de sa vie, Mère Élisabeth a su transmettre « à ses propres disciples » son « expérience de l’Esprit » en donnant naissance à une famille religieuse. Par ses paroles, mais surtout par le témoignage de sa vie, elle a réussi à partager cette expérience avec des milliers de personnes. Aujourd’hui, nous, nos communautés de vie consacrée, est-ce que nous réussissons à transmettre le charisme que nous avons reçu ?

Dans la définition du « charisme du fondateur » que j’ai mentionnée ci-dessus, le verbe « transmettre » est accompagné et suivi des expressions : « suivre », « garder », « approfondir » et « développer » le charisme, justement parce que le charisme est une réalité vivante et dynamique, comme l’est l’Esprit Saint qui fait à l’Église le don du charisme. Comment est-ce que nous vivons, comment est-ce que nous gardons, approfondissons et développons le charisme que chacune de nos familles de vie consacrée a reçu ?

À ce propos, j’aimerais vous partager le vigoureux appel que le Pape François nous adresse : « Tout d’abord, il est nécessaire de préserver la fraîcheur du charisme: que cette fraîcheur ne se gâte pas ! Fraîcheur du charisme ! En renouvelant toujours le « premier amour » (cf. Ap 2, 4). Avec le temps, en effet, croît la tentation de se contenter, de se cristalliser dans des schémas rassurants, mais stériles. La tentation d’enfermer l’Esprit en cage : c’est bien une tentation! … La nouveauté de vos expériences ne consiste pas dans les méthodes et dans les formes, même si elles sont importantes, mais dans la disposition à répondre avec un enthousiasme renouvelé à l’appel du Seigneur :… Il faut toujours retourner aux sources des charismes et vous retrouverez l’élan pour affronter les défis… Toujours sur la route, toujours en mouvement, toujours ouvert aux surprises de Dieu, qui viennent en harmonie avec le premier appel… » (Discours du Pape François aux Participants au IIIe Congrès Mondial des Mouvements ecclésiaux et des Communautés Nouvelles, 22 novembre 2014).

Je voudrais adresser cet appel d’une manière particulière aux congrégations religieuses qui célébreront leur chapitre général en juin et juillet prochains. Mais je le transmets aussi à toutes les familles de vie consacrée, comme un stimulant et un encouragement que le Seigneur nous offre pour continuer et pour vivre avec plus de ferveur l’Année de la vie consacrée. Nous sommes appelés continuellement et de manière toujours nouvelle à garder et à enrichir le « charisme » reçu, en retournant aux origines, c’est-à-dire à l’inspiration « originaire » que Dieu a donné à chaque fondateur, à chaque fondatrice. Cela nous invite à garder une constante « vigilance évangélique » et à exercer un « discernement communautaire » bien attentif.

 

  1. Prendre soin des vocations

« Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer… Il leur dit : « Venez à ma suite! » (Mc 1,16-17). C’est Jésus qui appelle. Le Seigneur est l’auteur de la vocation. Là où le Seigneur est présent, l’appel retentit. Par conséquent, si personne ne vient, on ne peut que se demander – et même on doit se demander- : «Est-ce qu’il est là ?». On doit se demander, en d’autres termes, si Jésus est vraiment présent en nous et dans nos communautés. Parce que nous savons que là où le Seigneur est présent, Il travaille, Il appelle. Sans aucun doute, des problèmes se présentent toujours dans nos vies et il se peut que nous soyons en train de traverser un moment d’épreuve, mais si personne ne vient, cela veut dire qu’il y a peut-être quelque chose à remettre au feu, quelque chose à réveiller. Parce que si Jésus est là, ça bouge…

Jésus appelle ses disciples à être pêcheurs, non pas de poissons, mais d’hommes : «Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes» (Mc 1,17). La pêche nécessite un filet, instrument nécessaire pour pouvoir pêcher. Nous savons que pour des espèces de poissons plus particulières et plus délicates, il faut des filets spéciaux. Seuls les filets bien arrangés, bien préparés et dont les mailles sont bien serrées sont à même de retenir les « poissons délicats » que sont les vocations. Nous « sommes » ce filet quand, unis par l’amour réciproque, nous permettons à Jésus de vivre en nous et au milieu de nous. Jésus en nous et au milieu de nous : voilà le seul filet pour les vocations. « La vocation ne grandit que là où elle trouve l’unité, l’amour réciproque. Bien souvent, il manque un filet d’amour, de communication, de réel partage pour que l’individu puisse trouver le Seigneur au centre, qu’il se situe à sa juste place auprès du Seigneur, et y soit tout entier. Là où le filet est relâché et faible, ceux qu’il voudrait retenir lui passent au travers. Nous avons besoin de l’étroit filet de ceux qui croient à l’appel de Dieu, afin que l’appel soit reçu et vécu » (Klaus Hemmerle, Scelto per gli uomini, 51).

Voilà pourquoi l’Église vous demande, à vous consacrés et consacrées, d’être « experts en communion » (Vita Consecrata, 46). Il s’agit de « faire croître la spiritualité de communion », d’abord « à l’intérieur » de vos communautés, puis « entre » les diverses familles de vie consacrée, enfin « vers » toute la fraternité ecclésiale et toute l’humanité. (cf. Vita Consecrata, 51ss). Et pour que la communion ne soit pas acéphale, il faut la pleine communion avec le Pape, successeur de Pierre, et avec les évêques, successeurs des apôtres, garants de l’unité de l’Église.

 

Chers consacrés et consacrées, dans la mesure où vous serez fidèles à vos « charismes de fondation » respectifs, vous serez des modèles et des maîtres qui enseigneront comment vivre le commandement nouveau de Jésus (cf. Jn 13,34-35). Et la communion, suscitée par le dynamisme fécond de la charité mutuelle, fera de vos communautés des « centrales surnaturelles » ; des centrales capables de produire le « courant spirituel » qui, se répandant dans le réseau des initiatives pastorales, permettra d’allumer en beaucoup de cœurs la lumière de la foi, d’alimenter en eux la ferveur de la charité, de soutenir la force de l’espérance. Avec votre charité, vous unirez votre voix à l’invocation confiante de l’Église qui implore d’un seul chœur : Maranà-tha, Viens Seigneur Jésus (cf. Ap 22,20). Vous attirerez de nouvelles vocations et, comme les disciples sur le lac, vous les compterez : « cent cinquante-trois gros poissons » (Jn 21,11).

Dans la chapelle de la Nonciature, animés par cette confiance, chaque jour, après la communion et avant de terminer la Messe, nous prions ensemble cette prière pour les vocations que je vous partage au terme de cette lettre :

 

Jésus, Pasteur suprême de nos âmes,

daigne regarder avec tes yeux miséricordieux

ton Église bien-aimée qui est au Canada.

Donne-nous des vocations ;

envoie des ouvriers à ta vigne,

donne-nous des prêtres saints,

des religieuses et des religieux saints,

des familles saintes,

pour l’annonce de l’Évangile

et pour l’édification de ton règne sur cette terre.

Nous te le demandons par l’intercession

de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée,

ta Mère et notre Mère.

Seigneur, donne-nous des prêtres,

des religieuses et des religieux selon ton Cœur.

Amen.

 

Bonne route en cette Année de la vie consacrée ! Ma prière et mon amitié vous accompagnent. Et n’oubliez pas de prier pour moi !

 

 

Ottawa, le 31 mai 2015

+ Luigi Bonazzi

Nonce Apostolique